Médiation Humaniste ou l’Apologie de la Crise

Depuis bientôt 3 ans, je participe à des stages de médiation humaniste. Ce concept me tient particulièrement  à cœur,  je pense qu’il permettrait de résoudre beaucoup de situations douloureuses si on développait cette méthode dès notre plus jeune âge car cela touche à des valeurs universelles. Je crois qu’il existe autant de visions de la médiation que de médiateurs, bien qu’on se rejoignent tous sur des idées communes. Je vous partage ici l’une des facettes de ce sujet qu’est la médiation, d’après mon expérience.

En Europe, la crise est souvent perçue comme un événement négatif, comme si la vie devait se dérouler tranquillement, sans changements, dans la douceur, sans accrocs ni heurts. Au contraire, soyons reconnaissants des crises que nous vivons. La crise a un intérêt tridimensionnel : elle est une sonnette d’alarme, une ouverture et une obligation de choix.

Tout d’abord, la crise est une sonnette d’alarme. Elle nous avertit que nous nous égarons, que la direction que nous prenons n’est pas la bonne, que le système que nous avons créé a des limites et que nous fonçons droit dans le mur si nous continuons ainsi. La crise nous force à nous réveiller et à reconnaître les failles dans notre cheminement ou notre organisation.

Ensuite, la crise n’est pas seulement un obstacle, elle est aussi une ouverture, un moment de bascule, un seuil à franchir. Dans la médecine hippocratique, le mot krisis désigne l’acmé dans une maladie, cet instant crucial où l’état du malade peut changer brutalement, soit en s’améliorant, soit en empirant. C’est un moment décisif où il faut choisir d’agir ou de laisser faire. La crise est donc un point d’inflexion où une décision doit être prise, déterminant la direction à suivre. En termes religieux, la krisis désigne l’interprétation d’un signe, déterminant s’il est bon ou mauvais. La prise de décision en période de crise est difficile et génère de l’incertitude, car avec la perturbation viennent les incertitudes. La crise nous confronte à notre indécision face au chaos. En son sommet, elle nous oblige à faire un choix : vers quoi voulons-nous aller ? Il n’est plus possible de reculer et, même si nous décidons de ne pas agir, la crise marque un point de non-retour, un avant et un après.

campagne brumeuse

 Cela donne une troisième  dimension à la crise une dimension  initiatique. C’est  un point de bascule où nous avons le choix entre deux évolutions possibles.

Qui vais-je écouter ? Ma tête, en rationalisant, ou mon cœur, ma boussole intérieure ? Cette dimension initiatique nous pousse à nous positionner, à révéler au monde qui nous sommes. Jusqu’où vais-je accepter une situation qui ne me convient pas ? Vais-je continuer à arrondir les angles ou briser les murs de ma prison ?

En rencontrant le chaos que produit la crise, je rencontre mes parts d’ombre. Durant cette perturbation, je me confronte à mes angoisses, mes désirs, mes doutes, mes pulsions. Je suis brassée intérieurement par l’ombre et la lumière, ce qui accroît ma connaissance intérieure. Je me trouve alors au cœur de deux axes. Un axe vertical, où je dois trouver mon Centre pour survivre, et un axe horizontal, où la bienveillance, le non-jugement et l’acceptation de qui je suis par les médiateurs me font grandir sur un chemin de guérison psychique et spirituel, un chemin d’éveil en me reliant aux autres.

Dans l’horizontalité, je retrouve le lien avec les autres, et nous pouvons œuvrer ensemble. Chacun se reconnaît en l’autre : il n’y a plus d’ennemis, seulement des hommes et des femmes blessés qui ont besoin d’amour et de reconnaissance. Au centre de ces deux axes qui forment une croix se trouve le cœur. La crise nous offre aussi une opportunité précieuse : celle de rencontrer l’autre, de le comprendre et de l’accepter dans toute sa singularité. En ces temps de turbulence, il est crucial de ne pas imposer nos choix aux autres, mais de les aimer même lorsqu’ils font des choix différents des nôtres.

deux personnes se faisant un calin
chemin

Rencontrer l’autre, c’est avant tout établir un dialogue sincère et ouvert. Cette rencontre ne se limite pas à une simple interaction verbale, mais implique aussi une reconnaissance mutuelle de la souffrance, des peurs et des espoirs de chacun. Sous prétexte de bienveillance, ou parce qu’on veut lui éviter de souffrir, on adopte souvent une attitude maternante voire intrusive, pensant savoir ce qui est bon pour l’autre. Et pourtant, il nous faut sortir de ce schéma et laisser l’autre faire son chemin, ses expériences, lui dire qu’en cas de besoin on est là mais le laisser plonger, traverser le feu si c’est son désir. Peu importe si nous sommes en désaccord, l’important est de garder le lien avec l’autre.

Chaque personne a le droit de faire ses propres choix, même s’ils diffèrent des nôtres. Le respect de l’autonomie de l’autre est une marque de considération et de maturité. Chaque individu est unique, avec ses propres expériences, croyances et perspectives. 

Accepter cette singularité est fondamental pour construire des relations solides et respectueuses, surtout en temps de crise. Cela signifie reconnaître et valoriser les différences plutôt que de les considérer comme des obstacles. Cette acceptation ne doit pas être conditionnelle ; elle doit être une véritable ouverture à la diversité humaine.

Aimer l’autre, même lorsque ses choix divergent des nôtres, est l’expression ultime de l’amour inconditionnel. Cela signifie offrir notre soutien et notre compréhension sans jugement. C’est reconnaître que l’amour véritable ne cherche pas à changer l’autre, mais à l’accepter pleinement. Cet amour inconditionnel peut être un puissant facteur de guérison et de réconciliation dans les moments de crise.

personne au sommet
campagne

Conclusion

En conclusion, loin d’être uniquement une période de trouble, la crise est une opportunité précieuse de transformation et de croissance. Elle nous appelle à l’action, à la réflexion et à la reconnexion avec notre véritable nature et avec les autres. Rencontrer l’autre dans ces moments, l’accepter dans sa différence et sa singularité, et l’aimer sans lui imposer nos choix sont des actes de grande humanité. Ils renforcent non seulement les liens interpersonnels, mais aussi le tissu social dans son ensemble. Accepter et traverser les crises avec une perspective humaniste nous permet de grandir individuellement et collectivement, en construisant un avenir plus éclairé et solidaire.