En quoi le jeûne peut il être bénéfique aux personnes atteintes de cancer ou en ayant subit la chimiothérapie?
Aujourd’hui, les sites officiels de la médecine, ainsi que les médias qui leur sont favorables, expliquent que ce qui est valable chez l’animal ne l’est pas chez l’être humain.
Ils affirment également que rien ne prouve que le jeûne soit bénéfique pour les personnes atteintes de cancer.
Au contraire, il est souvent rappelé qu’il serait essentiel d’éviter toute dénutrition et de consommer suffisamment de protéines pendant les périodes de chimiothérapie.
Il est aussi fréquemment avancé qu’aucune expérience sérieuse n’aurait été menée chez l’humain, et que les publications existantes sur le jeûne ne seraient pas fiables.
Et pourtant, le Dr Lallement, cancérologue spécialisé dans l’accompagnement des traitements hospitaliers
notamment la chimiothérapie, s’appuie sur les travaux du Valter Longo et recommande des jeûnes de 72 heures pendant la chimiothérapie.
Dans sa pratique clinique, il observe une réduction spectaculaire des effets indésirables, supérieure à 50 % pour la fatigue. Les nausées sont très fortement diminuées, tout comme les diarrhées, les vomissements et même la perte de cheveux, qui apparaît atténuée.
Cette approche s’appuie sur des données scientifiques recueillies chez l’humain, publiées officiellement dans une série de cas datant de 2009.
Dans cette étude, dix patients atteints de cancers différents ont volontairement jeûné au cours de certains, ou de l’ensemble, de leurs cycles de chimiothérapie, sur des périodes variables (entre 140 heures avant et 56 heures après l’administration des traitements).
Les résultats ont montré une diminution objectivée des effets secondaires de la chimiothérapie, en particulier de la fatigue et de la toxicité gastro-intestinale.
Par ailleurs, aucun effet néfaste lié au jeûne n’a été mis en évidence.
Les données précliniques qui ont conduit ces patients à jeûner en parallèle de la chimiothérapie avaient été publiées dès 2008 par l’équipe de Valter Longo.
Elles ont montré une survie significativement meilleure chez des souris soumises à un jeûne de 48 heures avant l’administration d’étoposide à forte dose, comparativement à des souris nourries normalement.
De ces résultats est née l’hypothèse de la résistance différentielle au stress (Differential Stress Resistance – DSR). Selon cette hypothèse, le jeûne protégerait les cellules saines des effets de la chimiothérapie, sans offrir cette protection aux cellules cancéreuses. La diminution de l’IGF-1 (insulin-like growth factor-I) induite par le jeûne jouerait un rôle central dans ce mécanisme.
Les données précliniques suggèrent également que le jeûne pourrait non seulement protéger les cellules saines, mais aussi augmenter la sensibilité des cellules tumorales à la chimiothérapie.
C’est ainsi qu’est née l’hypothèse de la sensibilisation différentielle au stress (Differential Stress Sensitization – DSS). Dans ce cadre, les cellules cancéreuses auraient davantage de difficultés que les cellules saines à s’adapter aux conditions extrêmes du jeûne, ce qui les rendrait plus vulnérables aux traitements.
À l’inverse, les cellules saines seraient capables de se mettre temporairement en mode protecteur, leur permettant de mieux tolérer la toxicité de la chimiothérapie.
Selon ces hypothèses, le jeûne pourrait ainsi améliorer l’index thérapeutique de la chimiothérapie, en renforçant son efficacité tout en réduisant ses effets indésirables.
La résistance différentielle observée chez les organismes ayant jeûné face aux traitements anticancéreux s’expliquerait par un mécanisme d’adaptation universel. Sous l’effet du jeûne, l’expression des gènes cellulaires se modifie profondément.
Privées temporairement de nutriments, les cellules normales entrent dans un état d’auto-défense, limitant la pénétration des substances toxiques à l’intérieur de la cellule.
En étudiant des cellules du foie, du cœur et des muscles, Valter Longo a montré qu’après deux jours de jeûne, un changement radical de l’expression génétique s’opère : certains gènes sont surexprimés, d’autres sous-exprimés.
Ces modifications entraînent une transformation fonctionnelle des cellules, qui se placent rapidement en mode de protection. La rapidité de ce bouleversement suggère l’activation d’un mécanisme très ancien, comme inscrit dans une mémoire biologique profonde.
Selon Valter Longo, « les cellules normales, fortes de trois milliards d’années d’évolution, se mettent en mode de protection lorsqu’il y a peu de glucose et peu de nourriture. La chimiothérapie devient alors l’un des éléments contre lesquels elles doivent se défendre ».
Il s’agirait d’un réflexe atavique, hérité de l’évolution.
À l’inverse, après deux jours de jeûne, les cellules cancéreuses ne modifient pas leur mode d’expression génétique.
Ayant subi des mutations leur permettant de proliférer de manière anarchique, elles auraient perdu cette mémoire évolutive et sont incapables d’activer les mécanismes de protection.
Par ailleurs, les cellules cancéreuses ont un besoin accru de glucose et de facteurs de croissance. Or, durant le jeûne, elles ne sont plus alimentées en sucre, ce qui les fragilise.
Dans le même temps, le pancréas étant mis au repos, la production d’IGF-1 (Insulin-Like Growth Factor-1) diminue fortement. Ces facteurs de croissance, que les cellules cancéreuses savent habituellement attirer à elles, deviennent alors rares.
Fragilisées par le manque de glucose et privées de facteurs de croissance, les cellules cancéreuses deviennent plus sensibles à la chimiothérapie.
Elles peuvent également disparaître, car pendant le jeûne, l’organisme entre dans un processus d’économie et de recyclage, consommant en priorité ses tissus secondaires, dont les cellules cancéreuses font partie.
Chez l’être humain, le mécanisme de protection des cellules saines se met en place entre 24 et 48 heures de jeûne, comme l’ont montré les observations réalisées dans les études cliniques.
La baisse de la glycémie, de l’insulinémie et des taux d’IGF-1 constitue ainsi un ensemble de signaux biologiques qui incitent les cellules normales à entrer en mode survie, augmentant leur résistance aux agressions extérieures, y compris à la toxicité de la chimiothérapie.
Pourquoi alors prolonger le jeûne au-delà de 48 heures, si cette durée suffit déjà à protéger les cellules saines des agents anticancéreux ?
Au bout de 4 à 5 jours de jeûne, la glycémie devient très basse. Le glucose n’est alors plus la principale source d’énergie : il est progressivement remplacé par les corps cétoniques, issus de la transformation des graisses.
Les cellules saines possèdent cette remarquable capacité d’adaptation : elles peuvent se nourrir aussi bien de glucose que de corps cétoniques.
Les corps cétoniques représentent en réalité une solution prévue par l’évolution. En situation de famine, l’organisme peut survivre en mobilisant ses réserves graisseuses, transformées en énergie utilisable.
Les cellules tumorales, en revanche, ne disposent pas de cette capacité.
Dès 1983, des chercheurs britanniques de Birmingham avaient montré que certaines cellules cancéreuses ne possèdent pas l’enzyme nécessaire pour transformer l’acétoacétate en acétyl-CoA, étape indispensable à l’utilisation énergétique des corps cétoniques.
Ainsi, lors d’un jeûne prolongé, la cellule cancéreuse se retrouve confrontée à deux défis majeurs :
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Elle ne dispose plus de glucose issu de l’alimentation et est incapable d’exploiter les corps cétoniques comme source d’énergie.
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L’apport en nutriments et en facteurs de croissance indispensables à sa survie et à sa prolifération est brutalement interrompu.
Ne pouvant plus assurer son métabolisme de base, et encore moins sa multiplication, la cellule cancéreuse est alors condamnée à mourir ou, à tout le moins, considérablement fragilisée, ce qui la rend beaucoup plus vulnérable à la chimiothérapie.
Il convient toutefois de préciser que cette observation ne peut pas être généralisée à tous les types de cancers à ce jour, les recherches n’ayant pas encore été systématiquement orientées dans ce sens.
Les recherches
Ces dernières années, aux États-Unis, des tentatives ont été menées pour proposer aux patients atteints de cancer des régimes dits “cétoniques”, riches en graisses et en protéines.
Les résultats se sont révélés décevants. En effet, l’organisme est capable de produire du glucose à partir des protéines ou des graisses alimentaires par le biais de la néoglucogenèse. Dans ces conditions, la résistance différentielle des cellules normales induite par le jeûne ne peut pas s’installer, et les cellules cancéreuses continuent de recevoir des facteurs de croissance via l’alimentation.
Conclusion
Depuis les premières publications de Valter Longo, de nombreuses personnes ont expérimenté le jeûne dans l’objectif de stopper ou de faire régresser un cancer.
Il serait aujourd’hui nécessaire que ces initiatives individuelles soient regroupées et analysées dans le cadre d’études scientifiques structurées.
Dans ma pratique, comme dans celle de plusieurs collègues, nous observons déjà de nombreux cas d’amélioration et de guérison, notamment dans des cancers du sein, de la vessie, du foie ou du cerveau.
Devant un parterre de dirigeants de grands laboratoires pharmaceutiques américains, Valter Longo déclarait un jour :
« Je vous mets au défi de trouver un cocktail de médicaments capable d’avoir un effet aussi puissant que le jeûne, avec aussi peu d’effets secondaires… et à un coût aussi faible. »
Le défi a-t-il été relevé ?
J’en doute.
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